Arts et spectacles

  • "Pourquoi elle ?
    Pourquoi une biographie de Jacqueline de Ribes ?
    Je ne m'étais intéressée jusque-là qu'à des vies dont l'art était le coeur battant. Des vies dont l'essentiel fut de peindre, écrire ou sculpter.
    C'est sa propre vie qui est l'oeuvre de Jacqueline de Ribes. Une vie qu'elle a magnifiée, sublimée, mais qui garde à mes yeux sa part de mystère.
    Quelle femme et quels secrets se cachent derrière la légende de papier glacé ?
    Figure de la jet-set des années soixante. L'un des "Cygnes" préférés de Truman Capote et de Richard Avedon. Amie d'Yves Saint Laurent et de Luchino Visconti. Elle est devenue une icône du style et un symbole de l'élégance française. Une reconnaissance mondiale illustrée, en 2015, par une magistrale exposition au Metropolitan Museum de New York. Son visage a été projeté en pleine lumière sur l'Empire State Building.
    Ce destin, qui voit s'achever l'ancien monde et apparaître de nouveaux codes, des innovations stupéfiantes, j'ai tenté d'en déchiffrer l'énigme."
    D. B.

  • Avec Bacon

    Franck Maubert

    'Francis Bacon incarne, plus que tout autre artiste, "la" peinture. Il est l'homme le plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de connaître. Dans les années 1980, je l'ai rencontré à plusieurs reprises. À Londres, tout d'abord, dans son atelier de South Kensington, puis en diverses
    occasions, lors de ses passages à Paris. Nous conversions aussi parfois au téléphone, tôt le matin. Il parlait en toute liberté, sans tabou, de
    tout et de choses sans importance. Bacon adorait parler, parler l'excitait.
    Je l'observais, l'enregistrais, prenais des notes, rien ne le gênait.
    Rendez-vous dans son atelier, dans les restaurants, les bars londoniens ou parisiens, de jour comme de nuit, à discuter, boire, manger, jouer : ce livre retrace ces moments rares partagés avec Bacon, joyeux nihiliste, et éclaire l'homme exquis qu'il fut, loin de sa réputation de "monstre"'.
    Franck Maubert.

  • Notes sur Chopin

    André Gide

    TJ'ai passé avec Chopin plus d'heures que je n'en ai passé avec aucun auteurt, confiait André Gide ´r une jeune pianiste en janvier 1951. Pianiste lui-meme, et fin musicologue, l'écrivain avait ´r cur de restituer Chopin ´r ses contemporains, tant il sentait que l'interprétation qu'en donnaient certains virtuoses de son temps en voilait les accents singuliers et contrevenait ´r son chant le plus intime. Il fallait revenir aux uvres, ´r leurs Tintentionst. C'est comme critique qu'il choisit de faire part de sa Tlecturet de Chopin, en proposant un fructueux rapprochement entre le compositeur des Scherzos et le pocte des Fleurs du Mal. Gide se souvenait de ses années de jeunesse, ou Baudelaire et Chopin étaient tenus l'un et l'autre pour infréquentables, et leurs uvres pour également Tmalsainest. Mais qu'avaient-elles vraiment en commun qui p"ut laisser craindre un tel ravissement des esprits? N'était-ce pas ´r leur égale perfection que l'on devait ce Tsecret d'émerveillement auquel l'âme aventureuse s'expose sur des chemins non tracés d'avancet? Il s'agissait dcs lors que les interprctes ne vinssent pas gâter, par trop d'assurance, la Trévélationt Chopin, cette pure disponibilité ´r l'inoud que reccle l'écriture.

  • "Depuis toujours dans l'histoire de l'humanité, quand les noeuds de la civilisation sont devenus si serrés qu'ils ne laissent plus passer le sang de la Vie, un Barbare arrive avec une hache et dit : "ça suffit". Soulages est ce barbare éclairé qui fait table rase de tout pour retrouver l'essentiel. Dans cet Occident qui valorise les images au détriment des personnes, comment n'être pas fasciné par les présences anthracites du seul prophète de toute l'histoire de la peinture ?" Lydie Dattas.

  • 'Une pure beauté phénoménologique nous entoure. Elle déploie sa logique rayonnante, indifférente à notre fragilité. Des milliards de lampyres illuminent les fourrés de notre confusion. Sommes-nous l'ébauche d'une tentative, l'hypothèse d'un ver luisant scintillant dans la nuit cosmique?'
    Richard Texier puise dans sa mémoire les éblouissements esthétiques qui ont nourri son travail d'artiste. Il croque avec malice et tendresse des personnages sortis de l'enfance chez lesquels on sent vibrer, comme en lui-même, un puissant amour de la vie et de ses surprises. L'auteur comme le peintre se sont assigné la même mission : restituer grâce à l'art les émerveillements fugaces afin de les soustraire à l'emprise du temps.

  • 'Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu'elle nous comble. Mais quel vide en nous remplit-elle ? Que peut-on dire du parfum d'une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n'a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d'autant plus fortement peut-etre que, contrairement 'r l'insecte, nous trouvons en lui un univers libéré de la nécessité. De quelle harmonie le corps est-il le temple qui, si nous étions un peu plus s"urs de nous et plus attentifs aux sensations qui nous traversent, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux ?' Ce livre, écrit dans la tradition de l'érudition libertine, recherche les traces d'un certain savoir fondé sur les sens. En une suite de digressions apparemment capricieuses, créant tout un réseau d'échos entre chaque thcme, il chemine, de la statue de marbre de Condillac aux cires de la Specola de Florence, du clavecin de Diderot 'r un sex-shop de la rue Saint-Denis, d'une gravure de Rembrandt 'r une peinture de Vermeer. C'est bien de rencontres qu'il s'agit, dessinées comme 'en passant' d'un trait lumineux. C'est aussi un roman d'apprentissage, ou l'auteur retrouve une identité et un nom.

  • La musique de Sibelius accompagne Richard Millet depuis qu'à Beyrouth, enfant, il jouait à quatre mains la fameuse Valse triste avec son père. Elle ne l'a jamais quitté. Sibelius s'est tu pendant les trente dernières années de sa vie, alors qu'il était devenu un monument national. Le mystère de ce long silence donne une résonance particulière à cette oeuvre, hantée par les forces élémentaires et la confrontation avec la nature. Ce livre se veut moins un commentaire musicologique de l'oeuvre ou une biographie que l'accompagnement spirituel d'une grande aventure artistique.

  • «"Ton regard, aussi bien celui du romancier que celui du journaliste, sur tout sujet qui t'intéresse, chaque semaine. Tu as 7 500 signes pour le faire." Tel est le contrat. Un "signe", c'est aussi bien une virgule, un blanc entre deux mots, qu'un guillemet ou un point d'exclamation, et, naturellement, des lettres qui forment des mots, lesquels traduisent une pensée ou proposent une image.
    On prend des notes, on interroge, on fouille des archives, on consulte plusieurs ouvrages, on "e-maile" à des correspodants (amis et contacts aux États-Unis, en province, en Asie), on rencontre tel ou telle, on voyage. La plupart du temps, on dépasse le compte : 9 000, voire 10 000 signes. Alors, on rabote, on essaie de conserver ce que l'on croit être l'essence même d'un "papier", et on n'oublie pas la phrase qu'un vieux routier prononça à l'adresse du grand écrivain Tom Wolfe, lorsqu'il faisait ses débuts dans la presse du New York des années 60 : "Arrête-toi quand ça devient emmerdant." En vérité, pour bien exercer ce métier, il ne faut jamais être "emmerdant". Jamais.»

  • Les deux consolations de l'existence de Jouhandeau assombrie par le difficile caractère d'Élise, l'éloignement de Céline, lui viennent de son ami Jean-Claude et du petit Marc. Le petit garçon estropié, soigné à l'hôpital, reste son principal souci. Si Jean-Claude qu'il aime avec intensité comme s'il était un pur esprit est son second soleil, la lumière lui est donnée par le sourire de Marc souffrant sur son lit. La science et l'élégance de l'amour permettent à Jouhandeau d'accéder à la vraie possession qui est celle de la permanence du désir.

  • Voici le dernier volume de ce grand roman éclaté que sont les Journaliers. Parvenu à ce point final d'où il peut prendre une vue rétrospective de toute l'oeuvre, le lecteur mesure, à travers la dissémination des notes, des maximes, des anecdotes, l'unité du récit quasi quotidien de cette vie.
    Là se réfractent, à travers le regard et le ton du narrateur, les reflets, dans leur continuité, de plusieurs destins (ceux d'Élise, de Céline, de Marc...), de passions successives, de témoignages essentiels.

    Le retour de certains thèmes, de certaines figures, parfois dans une perspective onirique propre à l'auteur, justifie son affirmation à propos de son oeuvre : "On peut dire d'elle ce que disait Lacordaire de l'Ave Maria : on la redit, on ne la répète pas."

    Chaque moment se trouve modifié par l'éclairage du temps de l'ensemble. Ici, la grande vieillesse ne dément pas, dans la proclamation d'"une sorte de bien-être physique et de bonheur moral" l'allégresse du vivant, la sérénité du contemplatif. Elle confirme, par la clarté de la pensée et du style, une élégance morale que la mort, lucidement affrontée, ne parvient pas à défaire.

  • Dans celte érie de conte entre autres : La Folie, Le souper chimérique, La Fête, Histoire de chasse et surtout Capricieuse Diane choisi pour titrer l'ouvrage , l'auteur du Pressoir mystique nous introduit dans le monde enchanté de ses rêves, de ses promenades ou de ses visions par l'intermédiaire de narrateurs qui sont tantôt peintres et tantôt écrivains. Ainsi nous entraîne-t-il à travers une succession d'atmosphères romantiques ou sulfureuses où son écriture fait merveille. Mais pour apporter à la matière de son ouvrage plus de légèreté et plus de mystère encore que d'habitude, Noël Devaulx y inclut six poèmes disposés çà et là, en équilibre lumineux au-dessus de l'ombre portée de sa prose.

  • À l'intérieur de ce récit, apparaît et se développe la présence du mal qui trouble et compromet les relations du père et de sa fille après le suicide de la mère. Pourquoi la mère s'est-elle tuée ? C'est la question que ne cessera de se poser la fille, Clara, qui vit seule avec le père dans une maison de famille située sur une falaise près de la mer.
    L'enquête sournoise menée par Clara la conduit par un lent cheminement à soupçonner le père d'être responsable de la mort de la mère. Mais cette culpabilité ne sera jamais saisie par Clara qu'au-dedans de son imagination. Elle ne percevra le mal, à l'intérieur de la maison, que comme une présence invisible dont elle subira, du reste, la tentation jusqu'au moment où le père l'en détournera avant de disparaître à son tour sans avoir rien révélé. Comme si le mal ne pouvait être approché et vécu qu'à l'écart du langage et sans le secours réaliste de l'image.

  • À propos de ce nouveau recueil et de Claude Roy poète, on ne saurait mieux faire que de citer la préface qu'Octavio Paz vient d'écrire pour À la lisière du temps et Le voyage d'automne (collection Poésie/Gallimard). Il exprime ainsi la tonalité dominante du poète pendant les dernières années : 'Claude Roy s'enfonce dans les corridors du temps. La rive d'où il contemple sa vie n'est pas la terre ferme, mais une frange de temps instable, constamment menacée par ce maintenant sans après ni avant que nous appelons la mort. Mais l'humour de Claude Roy est un pari en faveur de la vie, et ce chant d'incertitude est aussi un chant d'amour.'

  • "Le vert paradis des amours enfantines, vite oublié par l'enfant, hante plus tard l'homme jusqu'à la mort. J'ai voulu montrer, dans un cas bien particulier, ce que cette survivance d'un amour mystérieusement précoce, chez un adolescent arraché par les circonstances à son milieu natal, peut avoir de tragique. Il est vrai que cet adolescent est bien singulier (c'est moi). Que j'ai dû mêler à mon histoire quelques-unes des romances de Rimbaud qui m'ont sauvé à quinze ans, en m'ouvrant ma patrie cachée : le langage ; cela répondait à un espoir beaucoup plus profond que toutes les amours.
    Telle la prairie
    À l'oubli livrée
    Grandie, et fleurie
    Je souhaite que cela puisse aider les enfants perdus dont je reçois quelques lettres, mes vrais lecteurs."
    Henri Thomas

  • Le poète nous donne ici à vivre et à approcher deux années de sa vie. Livre de bord et registre d'atelier, notes de voyages autour du monde et de soi-même, poèmes à peine nés, carnets intimes et cahiers de naturaliste, comptes rendus de lectures et observations sagaces sur l'actualité, nous pénétrons ici dans la caverne aux trésors de l'écrivain. Sans oublier ces maximes que l'auteur préfère nommer des minimes, parce que, dit-il, "de deux mots il faut choisir le moindre".
    On vit ici les démêlés affectueux de Claude Roy avec les hirondelles du Haut-Bout et ses irritations justifiées devant les sophismes et les "calembredaines" des idéologues à la mode. On rencontre les amis du poète, d'Octavio Paz aux faucons crécerelles qui nichent sur Notre-Dame de Paris, de Jacques Roubaud à la chatte Una, de son voisin le cerf (qui lui joue de malicieux tours) à Balthus dans son atelier des montagnes. On voyage dans le temps et dans l'espace, de Venise à New York et de Rome au «Pays d'en Haut», Suisse. Au coeur de ces voyages de l'esprit et de la sensibilité il y a le voyageur. Le style de Claude Roy est en effet une «lunette d'approche» qui ne laisse échapper aucun de ces "trésors du temps déposés sur le rivage des jours".

  • Lire est une grande aventure, aussi surprenante que celle d'écrire, dont elle n'est pas séparable. Ce qu'a cherché l'écrivain, le lecteur le trouve, s'en empare, en fait son secret, et dans cette commune recherche, le plus inspiré des deux n'est pas forcément l'écrivain. Il n'est guère de vrai lecteur qui n'ait attendu des livres quelque chose comme le mot de sa destinée, étrange espoir, jamais lassé, dont le poète, le romancier, ont besoin de leur côté pour livrer le meilleur d'eux-mêmes. Les essais réunis dans La Chasse aux trésors sont tous issus de ce dialogue entre un lecteur et des oeuvres dont aucune ne lui fut indifférente. Saisir la logique secrète et le rythme d'une pensée, la naissance et l'enchaînement des images, l'inflexion personnelle sans quoi l'universel se tait, - tel fut sa tâche, et son plaisir. Ce qu'il souhaite, c'est que d'autres retrouvent ici le mouvement qui l'a porté vers Verlaine ou Saint-John Perse, Charles Lamb ou Nietzsche, Pouchkine, Frost... S'il lui arrive de juger, et même durement, c'est qu'à la longue un ordre s'impose, c'est que lire n'est pas rêver, mais s'éveiller au monde et à soi.

  • 'Vais-je résumer en trois lignes et successivement chacun des contes de ce recueil, et priver le lecteur d'autant de petites découvertes ? Certes non ! Je ne m'étendrai pas non plus sur les relations ambiguës que ledit auteur entretient avec ses personnages. Et pour le fond, je te renverrai, cher lecteur, à ces esprits aériens qui chantent parfois à mes oreilles quand je vais le nez au vent. Je les entends d'ici : "N'en crois surtout pas celui que tu appelles l'auteur, il te parlerait d'alchimie, de mystère... Or ces brèves imaginations, dont le genre est indécis : contes plutôt que nouvelles, poèmes en prose plutôt que contes, ont une origine inavouable. Ce sont les fruits - je les entends chuchoter, quelle horreur ! - ce sont, disent-ils, les fruits... de la paresse."' Noël Devaulx.

  • Dans sa maison en dehors de la ville, chaque matin le vieux Dheune compte une victoire nouvelle sur la nuit puisque « c'est la nuit qu'on meurt », et que sa femme Marie, paralysée et mourante, est encore en vie. Près de lui vivent son gendre, Jean Maille et sa fille. Il hait son gendre qui voudrait commander à sa place et il méprise sa fille qui obéit passivement. Ce matin, le couple juge inutile d'aller chercher le médecin pour leur mère puisque, comme le dit Jean Maille : « les pieds sont déjà morts ». Sous la menace de son fusil, le vieil homme décide sa fille à aller le chercher, puis, tranquillement, il se met à nettoyer son arme. Le médecin est venu et a déclaré que « c'était la fin ». Poussé par un obscur instinct, Dheune a saisi une nouvelle fois son fusil et a tiré sur une chemise de Maille qui sèche sur une corde du hangar ; il lui montrera ensuite le trou qu'il a fait dans l'étoffe, « à la place du coeur ». C'est en palpant lui-même l'étoffe de cette chemise qu'il pense au guérisseur qui habite dans un bourg voisin et, se refusant au verdict du médecin, il décide d'aller le trouver ; il met dans une valise une chemise de nuit de la malade et prend l'autobus. Chez le guérisseur, la consultation a lieu, les « passes » sont faites sur la chemise. En attendant l'autobus qui le ramènera chez lui, Dheune s'arrête au café et, détendu, confiant, lui qui n'a plus touché une carte depuis le début de la maladie de sa femme, accepte de jouer la partie qu'on lui propose. Durant cette partie, un mauvais plaisant, à demi ivre, lui subtilise sa valise. Le vol découvert, Dheune trouve à ses côtés des hommes de bonne volonté pour l'aider dans sa recherche afin que sa femme mourante ait cette chemise « avant la nuit », car, cette fois, lui-même le dit, « elle passera pas la nuit ». Une fouille systématique s'organise. On finit par trouver le coupable, mais celui-ci, sous l'effet de l'alcool, a été rendu demi-fou par la possession de cette chemise et, de crainte qu'on lui enlève, a lacéré l'étoffe de coups de couteaux. Il n'en restera que des lambeaux grands comme la main : Marie Dheune ne la mettra pas « avant la nuit ». Cette histoire étrange, basée sur les moeurs et les superstitions d'une civilisation paysanne du midi devient peu à peu une tragédie étouffante.

  • Illustrée par Philippe Lorin, Gaston Bonheur nous livre ici une histoire pour enfants à partir de 9 ans : les aventures de Mario, Lina, et Monsieur Borelli les conduiront à découvrir une barque au nom de La Pompadour, un étrange moulin à vent, ou à parcourir les jardins de la reine...

  • Trois personnages : Barbara, milliardaire droguée, a épousé en quatrième noces Gottfried, ancien champion automobile dont la virilité s'est dégradée - lorsqu'il a abandonné la course - dans l'enfer des amours maudites. Et, entre Barbara et Gottfried, il y a un jeune Italien, Dino. Gottfried a décidé de 'manipuler' Dino afin de l'amener à assassiner sa femme. Pour des raisons sourdes, mais aussi afin, par cette sorte
    de meurtre rituel, de lier à lui le jeune homme. Dino n'accomplira pas le meurtre et, au contraire, se laissera 'posséder' sexuellement par Barbara. Dino n'a pas été digne de l'épreuve qui lui a été infligée, et Gottfried, impitoyable, l'envoie à la mort.
    Les Yeux crevés sont une tentative de mise à jour du mythe d'OEdipe en 1968. Dino, jeté à toutes les amours et à tous les meurtres, réels ou
    symboliques, marche vers son destin avec la lucidité d'un héros tragique aux yeux morts.

  • "Où passer nos jours à présent? Parmi les éclats incessants de la hache devenue folle à son tour? Demeurons dans la pluie giboyeuse et nouons notre souffle à elle. Là, nous ne souffrirons plus rupture, dessèchement ni agonie ; nous ne sèmerons plus devant nous notre contradiction renouvelée, nous ne sécréterons plus la vacance où s'engouffrait la pensée, mais nous maintiendrons ensemble sous l'orage à jamais habitué, nous offrirons à sa brouillonne fertilité, les puissants termes ennemis, afin que buvant à des sources grossies ils se fondent en un inexplicable limon."
    René Char, août 1968.

  • 'C'est en 1927, au moment où, à peine débarqué du Japon, je venais de prendre possession de mon poste d'ambassadeur à Washington,
    que je commençai de m'occuper de l'Apocalypse. Je venais d'achever Le Soulier de Satin... Je sentais que mon oeuvre dramatique était arrivée à sa conclusion... de nouvelles perspectives s'ouvraient à moi.' Un éditeur, poursuit Claudel, lui demanda alors une préface pour l'Apocalypse ; il refusa, mais l'idée 'par son incongruité même' l'avait séduit. Ce texte d'ailleurs n'était-il pas trop proche pour qu'il se refusât à ce travail? Le résultat ne fut pas une 'préface de cinquante pages', mais 'un gros livre', qui, commencé en 1927, ne fut achevé qu'en 1933. Un souvenir, celui des vitraux de La Ferté-Milon, longuement contemplés autrefois, suggéra un titre. Plus tard, Claudel revint à ce projet, mais d'une autre manière, en composant Paul Claudel interroge l'Apocalypse. Il ne publia pas le texte de 1933. Seul des grands inédits qui ne soit pas tardif, celui-ci marque le passage de l'oeuvre dramatique à l'oeuvre biblique. Sa forme particulière - dialogue et lettres - ses thèmes - les images qu'il reprend et développe - le rendent tout particulièrement intéressant, essentiel en tout cas pour la compréhension de Claudel.

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