Gallimard

  • Dans les années 1960, à Paris, Pauline a rencontré Nicolas et l'a aimé. A 18 ans, on ne sait pas « bien » aimer. Surtout quand on a lu beaucoup trop de romans. Nicolas, un an après, tombe amoureux de la meilleure amie de Pauline, Julie. Nicolas et Pauline se ressemblent : après le bac, ils errent en faculté. Pauline fait de la politique. Nicolas réunit les éléments dont il a besoin pour écrire son premier livre. Julie, recalée du bac, est contrainte « à travailler pour vivre ». Tous les jours (ouvrables) elle prend le train gare Saint-Lazare pour se rendre dans les bureaux de l'usine Simca à Poissy. Pauline, Nicolas et Julie ne se quittent plus. Nicolas trahit Pauline et Julie. Dix ans après. Nicolas est un jeune écrivain à la mode. Julie, mariée, gagne bien sa vie. Pauline, toujours errante, rencontre Martin, professeur quinquagénaire. Avec lui, Pauline revit ses amours perdues. Avec Martin, Pauline tente de reconstruire son existence. Mais, sur les décombres de sa jeunesse, elle ne peut rien bâtir. Pauline quitte Martin, Paris, ses vingt ans. Elle part. Gare de Lyon. Vers le Sud.

  • Un groupe de Juifs riches et pauvres s'embarquent en 1942 à Marseille pour l'Amérique. Ce départ est pour la plupart un départ vers l'inconnu. Ils font escale à Casablanca dans un camp de réfugiés. Puis un second bateau les prend qui les emmène à New York. Séparés pendant la durée de la traversée, non seulement de la France, mais du monde, et réduits à eux-mêmes, privés du secours de leurs habitudes et de leurs attaches sociales, ils tenteront néanmoins de reconstituer très exactement, avec toutes ses erreurs et ses insuffisances, la société qui les a rejetés. Le livre de Claudine Hermann est fait des portraits et des actions des émigrants : la baronne Gunsberg, snob et égoïste, la sympathique famille Wormser, le peintre Koch qui meurt en arrivant à New York, le docteur Gles, psychiatre, et quelques jeunes gens. Tous ces personnages sont peints à petites touches, avec beaucoup de vérité et de finesse. L'art de Claudine Hermann fait que chacun, en raison des circonstances difficiles où il est plongé, en raison aussi des promiscuités, finit par révéler, bon gré mal gré, sa réalité profonde. En même temps qu'un roman très vivement et très intelligemment mené, Claudine Hermann a donné, avec l'Étoile de David, l'image de la sensibilité d'une certaine époque.

  • En cette année 1946, s'ouvre, dans la ville détruite de Nuremberg, le procès des principaux criminels nazis. Rachel, une jeune interprète juive, a peur de ce à quoi elle va être confrontée : les mots, les visages, les témoignages, qui rouvriront les blessures encore récentes...

  • Je traverse cette rue oui ou non? Est-ce que je suis absolument convaincu d'aimer la raclette? Est-ce que je pourrais me battre pour défendre le système de santé à Cuba? Albert est un indécis. Il hésite aussi bien devant un menu au restaurant que dans ses choix politiques. Il réfléchit avant, et après. Que va-t-il se passer si cette femme prononce devant moi le mot «bouche»? Pourquoi lui ai-je dit que j'étais pressé? Entre deux tours d'élections municipales, il rencontre trois jeunes femmes déterminées qui, tour à tour, vont le provoquer et l'aider à traverser la rue, à s'approcher un peu plus de lui-même.

  • Deux histoires, une seule voix, à deux siècles de distance. La première est celle d'un garçon de dix-sept ans qui met ses Reebok pour aller courir, avale des gâteaux au chocolat pour éviter de réviser sa physique, pense à Florence qui lui envoie des lettres, a des problèmes sérieux avec son budget, sa mobylette, le cinéma, les ruses à utiliser pour échapper à ses parents. Bref, une vie ordinaire. Seulement, voilà, les apparences peuvent être trompeuses... La seconde histoire raconte les aventures de François de Maisonneuve qui part aux Amériques. Il y a un trésor dans l'air, des cartes en os de baleine, des cabarets enfumés, de sales bonshommes et la révolution américaine qui approche.

  • Le monde est fou. La seule sagesse est de chasser le plaisir dans les forêts de l'absurde, en attendant que la terre nous manque sous les pieds, pense Marc Lascaut. Seulement, on ne perd pas sur ordre le goût des grands sentiments périmés. Les hommes ont autant besoin d'aimer, de croire et d'agir que de respirer. D'où cette révolte sans cause qui pousse à être, par défi, encore plus fou que le monde. Mais une brume noie les bords du Rhin, en même temps que l'égoïsme sarcastique de Marc. Il rencontre Isolde, qui semblait l'attendre, et l'amour frappe comme la foudre. Il essaye de fuir, de se débattre contre cet amour absolu qui l'obligerait à accepter l'espoir, les responsabilités, le don de soi. Et chacun de ses efforts l'enfonce plus avant dans cette vieille évidence qu'il faut, pour sauver sa vie, accepter de la perdre. Comme les deux premiers romans de Gabriel Veraldi, Le Chasseur captif se passe sur deux plans étroitement mêlés ; celui des rapports entre l'homme et les mystères de son destin ; celui de l'aventure, de la satire et de la comédie quotidienne. Dans un style qui passe en jouant de l'humour glacé à la mélancolie, de la raillerie de soi-même à la passion, il raconte comment un grand amour bouscule toutes les prudences avec un aveuglement de force naturelle.

  • On a rassemblé dans ce livre une vingtaine de contes extraits du « Trésor des Contes » d'Henri Pourrat. Tous, ils se passent au temps de Noël, ou se rattachent aux thèmes de cette saison. Une note succincte sur l'auteur est placée à la fin de l'ouvrage.

  • On me demande de résumer en dix lignes un livre de deux cents pages et de dire quelles étaient mes intentions en l'écrivant : aucune intention mauvaise, bien sûr ! Mais, résumer en dix lignes le livre de ma vie ? Impossible ! Car c'est de ma vie qu'il s'agit ici, une vie de chien, comme on va voir. Comment j'ai eu l'idée d'écrire ? Ça, c'est plus simple à raconter. Un jour, j'ai lu dans le journal (mais pourquoi cet air étonné ? est-ce qu'un chien n'a pas le droit de lire le journal ?), j'ai lu dans le journal, dis-je, que le célèbre acteur Jean Marais avait accordé une interview à une journaliste suisse. Cette dame l'avait beaucoup admiré dans un film où le chien de l'acteur tenait un rôle aux côtés de son maître. - Aimez-vous les chiens ? demanda cette personne. - J'aime un chien, lui répondit l'acteur. Réponse sublime ! Sympathique jeune homme ! Nul mieux que moi ne pouvait le comprendre : je n'aime pas l'espèce humaine, j'aime une personne. Je décidai aussitôt d'écrire mes mémoires et de raconter l'histoire de la tendre affection que je porte à ma dame et qu'elle me rend bien, ai-je besoin de le dire ? Je prie mes lecteurs de me juger sur preuves et de me dire en toute sincérité s'ils ont jamais rencontré un chien plus doué que moi. Qu'on excuse mon enthousiasme ; c'est le tome I de mes Mémoires que je livre au public et je suis émerveillé de me voir sacré gentilhomme de lettres. Car je suis un gentilhomme, voyez plutôt...

  • L'aventure n'est pas morte et se cache au bout du jardin...

  • Le grand Marco, nu et luisant de sueur, abat le chêne qui était la parure du village depuis plus de trois siècles. Dès le premier coup de hache, l'arbre a compris que tout allait finir. Il se souvient. Et voici que ceux qui vécurent à son ombre défilent sur le chemin, chacun portant sa joie ou sa peine. La blonde Jeannette, que trois garçons timides aiment en secret, attend le retour d'un gentil colporteur. Des brigands rodent autour du village mais ils ont le coeur tendre et n'emporteront rien qu'un peu d'espoir. Lucie, pour un seau d'eau qu'elle a puisé, manque le rendez-vous décisif, et son promis s'en va au bras d'une autre. Et voici toute l'histoire d'un citadin devenu fermier, farouchement attaché au domaine que son père a créé pour lui. Pourquoi le grand Marco ressemble-t-il à ce point au maréchal ferrant qui aimait autrefois Jeannette ? Peut-être est-ce lui. L'homme reviendrait-il ainsi de siècle en siècle pour compenser la brièveté de sa vie ? Alors il ne serait toujours qu'un reflet, un passant, une ombre. Ce capitaine vaincu de 1940 qui vient s'asseoir à la même place que jadis un centurion de César, a le sentiment étrange qu'il a déjà vécu cet instant. Qu'est-ce donc que la vie ? Rien qu'un rêve, un conte dont le secret échappe à l'homme mais que le vieil arbre a compris.

  • L'action de ce roman se situe entre 1839 et 1842. La « Guerre de l'opium » fait rage. C'est la première défaite de la Chine devant l'Europe ; c'est le commencement des temps modernes en Extrême-Orient. Les Tartares-Mandchous, anciens cavaliers de la « Terre des Herbes » qui règnent à Pékin depuis 1644, achèvent de s'amollir, désemparés autant par la résistance chinoise (sociétés secrètes) que par les coups de boutoir des Anglais. Les Yeux courroucés racontent l'histoire de deux familles de Pékin : les Pao, laqueurs, gardiens des vieilles traditions, et les Pang, convertis dès le XVIIe siècle au christianisme, déjà familiarisés par cette voie avec le temps occidental, et devenus ainsi horlogers de leur métier. Un fils Pang et une fille Pao s'aiment : amour malheureux, qui finira par un double suicide. Après deux autres deuils, le vieux Pao se brûlera lui-même, avec sa maison, pour ne pas livrer le secret de sa laque aux Tartares. Mais c'est la figure de Tsao, l'aîné et le survivant des fils du laqueur, qui domine l'ouvrage. Courrier, puis soldat à Canton, il se sent coupé des siens et de leur éthique. Il est fasciné par l'ascendant de deux personnages exceptionnels, exemplaires et lucides : un jeune compatriote acquis à la science de l'Europe, et un général mandchou. Mais ce dernier mourra dans un combat singulier avec Tsao. Et pendant que les navires anglais contrôlent le littoral (pour sa défense, les Chinois n'ont su que peindre des yeux courroucés à la proue de leurs jonques), Tsao s'emploie à percer le secret des barbares : il croit le trouver dans des notes volées à un Français de Macao. Or il ne s'agit que d'une étude sur la laque : formule et propriétés chimiques. À travers l'effritement, puis la ruine totale de la famille Pao, le roman essaie de marquer une date et un passage. Passage - à gué - d'un temps lié à une économie générale de symboles à un temps désacralisé, de l'Idéogramme à l'alphabet, d'une pensée murée à une pensée en mouvement. Ce qui revient à opposer un Moyen Âge à une Renaissance, et, en définitive, un incommensurable à un autre incommensurable. Mais Les Yeux courroucés, c'est aussi le tableau singulier, vivant, émouvant d'une Chine à laquelle personne ne songe plus. Chine urbaine et artisanale, fermée sur elle-même, déchirée, subtile, cruelle, aveugle, pleine de férocité et de fioritures.

  • En 1843, les côtes de Chine commencent à s'ouvrir à la puissance occidentale. C'est l'époque où sévissent princes, marchands, trafiquants d'esclaves et d'armes, condottieri de toutes nationalités, dignes de la Renaissance italienne. John Head, l'Anglais, est de ceux-là. Il représente l'avenir. Il est chargé de peupler Hong-Kong, alors îlot à peu près désert, et d'y construire un phare. En face de lui, Van Braam, le Hollandais qui, atteint par les maléfices de l'Asie, représente déjà le passé. De Singapore à Canton, escorté d'une suite hétéroclite de Malais dont un coupeur de têtes, il recherche l'inquiétante et capiteuse métisse Batoë qui lui a administré un poison lent et qui détient la recette de l'antidote. Après bien des péripéties, l'aventure personnelle de ces deux hommes s'achève de façon insolite : l'Anglais, à son tour, succombe à la drogue que son pays a introduite en Chine - l'opium - et le Hollandais, désenvoûté, prenant la relève, échafaude d'audacieux projets. Mais le personnage principal, c'est l'Extrême-Orient avec ses sociétés secrètes, son peuple de bateliers, ses candidats aux concours littéraires, ses lépreux, ses samouraïs, ses courriers fous... De cette multitude foisonnante émergent les frères Leang : le lettré replié sur des symboles déjà inopérants, le négociant fumeur, corrompu et pleutre occupé à arrondir sa fortune, le mécanicien initié au progrès de l'Occident dans la soute d'un steamer de pirates, le pilote guidant les bateaux à travers les passes dangereuses, qui a un compte à régler avec John Head et prépare longuement sa vengeance. Cette vengeance, amplifiée graduellement aux dimensions d'une famille, d'une ville, d'un peuple, de l'Histoire, forme la trame de cet ouvrage violent dont une image de mort marque le début et la fin : deux cadavres enfouis à bord du Nicolas Cézar, l'un à l'aller dans la cargaison d'aromates, l'autre au retour dans un sac d'herbes fétides. Dans l'intervalle, les heurts entre Blancs et Jaunes, que le Temps rapproche sans les unir, s'agencent en une série de combats douteux où il n'y aura ni vainqueurs, ni vaincus.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Sur les rivages du golfe d'Elycie, à quelques kilomètres de la ville de Dogana, une compagnie d'infanterie tient garnison dans la forteresse qui surveille le passage des lagunes. Une nuit, un soldat disparaît. On le retrouve noyé dans la source des Oubiers dont la clairière est connue depuis des siècles pour être un lieu maudit. Le commandant de compagnie veut élucider le mystère de cette mort. Il jette en appât un autre de ses hommes, qu'il envoie passer une nuit à la source. Au matin, deux officiers chargés de le protéger de loin, tirent le soldat d'un étrange sommeil. A-t-il vu quelqu'un ou quelque chose, a-t-il rêvé ? Il ne parlera pas. L'un des officiers reçoit à son tour l'ordre d'aller à la source. Les événements se précipitent, visions inexplicables, accidents, morts. L'agitation et le trouble gagnent la forteresse et la ville. Le parti des notables en profite pour essayer de soulever la population contre le plan d'aménagement qui lèse ses intérêts, mais il sera dupé, comme sera dupé le sous-intendant de police chargé de maintenir l'ordre. Le capitaine veut descendre lui aussi dans l'arène pour affronter le « toucheur de boeufs » qui les nargue ainsi avec ses veronicas. Il va donc à la source. Comprendra-t-il le sens de la vision qui lui est proposée ?

  • Silène allait encore à l'école et croyait à l'amour. Une jeune fille capricieuse et insolente, Léocadie, le retient le temps de quelques étreintes et de quelques promenades au Bois de Boulogne. Puis, lors d'un vernissage de peinture, une silhouette à la Léonor Fini attire son regard. Cette rencontre avec Cynthia, une longue jeune fille aux yeux lascifs et verts, marque le début d'une patiente séduction. Journées rêveuses et trop courtes, ineffables extases, brefs instants de bonheur dans le famélique tourbillon du temps forment un douloureux et gracieux chassé-croisé des coeurs et des corps. Depuis les premiers jours, cette passion de jeunesse sensuelle et tendre est empreinte de la nostalgie de la séparation. Se dessine une carte du Tendre des années soixante qui remet l'accent sur le thème de l'amour malheureux si classique dans le roman français du XVIIIe au XXe siècle. Silène est-il le chevalier Des Grieux de la société mécanique moderne, son Valmont ou son Fabrice del Don-go ? Que de réminiscences... De fait, la solitude et une dernière rencontre pathétique avec Cynthia lui permettent d'approfondir et de mieux ressentir les multiples nuances des sentiments poétiques et romantiques des Amoureux du printemps. A la pointe de l'avant-garde littéraire par l'originalité et la richesse de sa facture et de son style, ce récit dramatique et poignant sans en avoir l'air trace une voie quasiment révolutionnaire à la lignée de l'analyse psychologique traditionnelle. Ainsi, le genre romanesque par excellence semble à l'aube d'une carrière fort prometteuse.

  • Le narrateur est un jeune ingénieur que le hasard d'un stage fait arriver sur un chantier au bord d'une lagune. Depuis des années la montée irrésistible des eaux à travers la région a transformé le pays, livré tout entier à la pluie, au vent, à la boue, au froid. La force feutrée des éléments a coupé les habitants du lieu de toute réalité vivante. Dans ce monde éteint ils ont fini par ressembler aux eaux mortes qui les entourent. Le stagiaire va lutter d'abord, sur ce chantier, contre l'invasion de l'eau. Mais il se rend vite compte qu'il est le seul à croire à ce combat. C'est alors que, découragé, il se laisse aller à son attirance pour Jeanne, la fille du chef de chantier, créature au sang glacé, aux sentiments impénétrables. Il aime Jeanne, et peu à peu se laisse envoûter. Elle l'attire progressivement vers sa perte, en se confondant avec le paysage à la fois fier et désolé dont elle est l'incarnation.

  • Claire et Philippe se sont désirés, se sont déchirés, se sont mariés. Chacun est le témoin de la jeunesse de l'autre, de ses illusions, de sa faillite ; chacun est possédé par l'autre. Ils ne peuvent plus vivre ensemble ; Philippe lance leur voiture contre un mur - les jours finissent à l'aube. Ils ne savent pas mourir ensemble ; au dernier moment, Philippe redresse. Claire s'est remariée avec Marc. D'une ancienne paralysie, Marc conserve un corset de cuir qui lui donne un maintien raide et un surnom, le Colonel. Claire ne cache rien à Marc. Marc ne cache rien à Claire. Leurs rapports ont la transparence de la froideur du verre. Pour Marc, le plaisir est la chose la plus sérieuse de la vie. Il a pris jadis son plaisir à la guerre, puis aux luttes politiques. Il prend, maintenant, son plaisir avec Claire. Claire, Marc et Philippe se retrouvent sur une île des Cyclades. Deux maîtres dominent l'île. Baracas - le tyran local - règne sur les ouvriers, les marins et les vierges avec son argent, sa canne et son chien. Le Meltemi - le vent du Nord - règne sur les nerfs. Quand il s'arrête, une torpeur de plomb s'abat sur l'île. Alors que toute l'île attend le retour du Meltemi, les intrigues se dénouent. Baracas a engrossé une adolescente, Mélina. Réussira-t-il à légitimer le bâtard en contraignant son fils Stavro à épouser Mélina ? Claire restera-t-elle avec Philippe ou avec Marc ? Pour Philippe, renouer avec Claire, c'est retrouver sa jeunesse. Pour Marc, l'amour est un jeu d'adresse et de réflexion. Le roman d'amour dans lequel l'auteur cherche à démystifier la passion est aussi un roman d'action, d'aventure fourmillant d'intrigues parallèles.

  • L'auteur de La Porte retombée (Prix Fémina 1960) a situé l'action de son nouveau roman en Armorique. La mer changeante et les rochers, le brouillard, les tempêtes et la nuit, le déroulement des saisons sur cette côte sauvage ont permis à Louise Bellocq de créer une extraordinaire atmosphère de passion qui convient à son inspiration romantique. Claire est la très jeune veuve de Gauvain Minnigan mort sur le front d'Algérie. Un second malheur - elle vient de perdre sa mère - la pousse à chercher refuge à Lan-Kerlec, sur la côte armoricaine où vivent, recluses dans leur solitude, la mère de Gauvain et sa soeur Maude. Mais à peine arrivée, Claire pressent qu'un drame a eu lieu : Maude, qui s'est séparée de son mari Tanguy, sombre dans la folie. Madame Minnigan soigne avec horreur et dévotion cette fille étrange, trop aimée, plus déesse que femme, essayant de l'arracher à sa déchéance. Et Claire la pure et la pieuse va tenter d'élucider un mystère qu'elle croit, dans sa candeur, facile à résoudre : puisque Tanguy et Maude se sont aimés follement autrefois, puisqu'un enfant, le petit Guirec, est né de leur union, il faut les rapprocher l'un de l'autre. Mais elle n'a pas su compter avec le génie destructeur du mal : ses rencontres clandestines avec Tanguy qui ne tarde pas à s'éprendre d'elle, ses prières à Notre-Dame de la Liesse, sa volonté de déjouer les perversions les plus cachées de l'âme et du corps vont la conduire petit à petit vers une issue dramatique : la mort frappera de nouveau. Et la merveilleuse jeune femme, marquée désormais par un lourd sentiment de culpabilité, fuira une fois de plus vers la solitude définitive.

  • Ce roman raconte l'histoire d'une jeune femme juive, qui évoque sa triste enfance de petite fille laide, chétive et maladroite. Élevée à Paris, dans un univers familial strictement circonscrit à un monde de femmes seules, luttant âprement pour leur survivance, elle tente de découvrir un sens à sa vie, malgré l'atmosphère de pauvreté qui l'entoure, en dépit des scènes et des cris. La guerre arrive. Puis ce sera l'exode et les cinq longues années traquées où son adolescence se consume dans la rage de l'impuissance. La paix n'arrange rien. Au Canada, où elle est allée retrouver une tante devenue veuve, elle ne réussit pas davantage à s'adapter. Elle confie son sort à un psychanalyste mais la vie continue « monotone, lourde, régulière, inlassable ». Elle finit par rencontrer, dans le bureau où elle travaille, un jeune journaliste ambitieux dont elle devient amoureuse. Elle s'attend alors à connaître enfin un grand amour mais il se borne à l'étudier comme un cas de laboratoire. Il suscite inlassablement ses confidences, l'expliquant à elle-même dans des orgies de conversation, afin de la tourmenter et de l'humilier. En proie au dégoût, obsédée de cauchemars contre lesquels tout l'art du psychanalyste est impuissant, elle s'arrache enfin à cette situation le jour où, ayant hérité de sa tante, elle dispose de moyens personnels qui lui permettent de rentrer en France. Rien ne parvient à l'y fixer. Elle retournera finalement à Montréal, à son psychanalyste, à sa « solitude sans fin ».

  • Christian est fils unique. Il a des parents simples et bons avec qui il s'entend parfaitement, il aime la lecture, la rêverie, le silence. Il fait son service militaire au moment de Munich, et l'achève en 1940 sur la ligne Maginot. La défaite et l'occupation passent sur lui sans l'émouvoir, d'autant moins qu'il a trouvé en rentrant à Paris une situation d'ingénieur. Quelques aventures sentimentales sans gravité, la liberté de « muser la vie plutôt que de la vivre », suffisent amplement à son bonheur. Tout change le jour où, pour le soustraire à une réquisition pour le Service du Travail obligatoire en Allemagne, son père le fait nommer moniteur dans un camp de vacances près de Montereau. Christian ne sait quelle attitude adopter : il n'aime pas les enfants et ne connaît rien de leur psychologie. Pourtant, après un incident où il a maladroitement fait preuve d'autorité en giflant l'un d'entre eux, il connaît une période d'angoisse et s'aperçoit qu'il a envie d'être aimé. Il parvient à susciter l'attachement profond d'un enfant le petit Maurice, et aussi de Marie-Madeleine, une jeune fille du village. Il se regarde avec étonnement vivre et, croit-il, aimer ; la tendresse, l'amour sincère de Marie-Madeleine l'entraînent même à songer au mariage et il se mêle à son goût pour la jeune fille un délicieux sentiment de trahison vis-à-vis de Maurice. Mais c'est l'été de 1944. Dès que Christian s'aperçoit qu'il peut retourner chez lui et reprendre sa vie habituelle, il prépare l'abandon des deux êtres qui l'aiment. « Je n'ai jamais eu le moindre courage en rien, même pour aimer », dit-il, et il ajoute cette phrase si cruelle, quand on songe à la force du sentiment que lui porte le petit Maurice : « Bien sûr que même un homme de ma sorte doit être aimé par un être quelconque. Mais il est dit nulle part qu'il doive aimer en retour. » Daniel R. Bourgoin a su, avec talent, rendre attachant son héros inlassablement à la recherche, de sa vraie personnalité. Christian est son premier roman.

  • Pendant la guerre d'Algérie, des soldats du contingent mènent une vie monotone dans un secteur calme. Quatre d'entre eux sont désignés pour partir en patrouille à une centaine de kilomètres du camp : le caporal Greuze, le conducteur de la jeep, Jacques La Rue, et deux soldats, Raymond et Lemoine. Au cours d'une halte sur un piton, Raymond descend dans le ravin et tire sans raison apparente sur un homme qui marchait dans le lointain. Les quatre militaires s'enfuient. Sur le chemin du retour, un arbre qui barre la route à un tournant fait capoter la voiture. Contraints d'attendre le jour dans une cabane isolée, redoutant d'abord une attaque, la peur les envahit. Hors de leur monde habituel, ils parlent, se découvrant brutalement les uns aux autres. Ils parlent des femmes, de l'amour, du mariage, du bonheur. Pourquoi Raymond a-t-il tiré ? Pourquoi Greuze évoque-t-il si souvent les marches de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois ? Le bonheur est symbolisé par ces marches que le caporal descendit au bras de sa jeune femme en un moment de joie parfaite. Pas un mot n'est prononcé sur la guerre. Cependant, leur retard a alerté le camp. A l'aube, on vient les chercher. Ils réintègrent la routine du camp, la routine de leur vie. Ils seront décorés. On retrouve dans le récit de cette aventure le ton simple et direct qui avait fait le succès de Christian.

  • En 1949, à Hanoï, le Viet-Minh qui a déjà remporté des succès recrute des partisans. Trois membres de la famille Sinh : Nga la fille, son frère Lang qui a récemment achevé ses études à Haïphong, et Sa, la cousine servante, se sont engagés dans la résistance. Devant leur maison, un groupe de travailleurs abat un arbre. Des enfants guettent sa chute dans l'espoir de récolter des fruits. Keo âgé de quinze ans dirige la bande et tombe amoureux de Niem, dite Petite Voix. Il a pour rival un jeune lourdaud, Tête Tondue, qui vient de faire de la prison pour vol. Ces enfants sont à la fois émouvants et inquiétants, naïfs et corrompus : on les sent prêts à tout pour survivre. Au cours de nombreuses conversations, ils expriment dans un langage argotique leurs soucis : trouver de la nourriture et avoir un toit. Lang, pris en main par un chef révolutionnaire, incendie un tramway, attaque une caserne. Arrêté par hasard dans une rafle, il est torturé et relâché au bout de trois jours et se trouve bientôt acculé à un suicide. Autour de ces héros gravitent de nombreux personnages : Nam, qui a toutes les caractéristiques du chef terroriste ; Dédé, un métis trafiquant et pratiquant la contrebande ; Foong, membre de la police ; le sergent Dang, qui se suicide au cours d'une mission imposée par Nam. Les élagueurs d'arbres, appelés Le Vieux, Le Gros, Le Jeune et Le Surveillant ont chacun leur drame. Le Gros est obligé de fuir parce qu'il a tué le bébé noir de sa femme, fruit du viol d'un Sénégalais. Le Vieux est poignardé par le jeune Keo alors qu'il essayait de prendre de force la jeune Niem. Le Surveillant reportera sur Le Jeune, jusque-là sa bête noire, son besoin d'affection paternelle. La description de la lutte clandestine et de la répression au Viet-Nam, l'abondance des personnages et des situations dramatiques donnent à ce récit que dominent la peur et la torture un double intérêt documentaire et romanesque.

  • Le jour où le soldat décide de désobéir, où l'homme se résout à tuer, comment se détermine-t-il ? Voilà le thème profond du récit de Jacques Malori. On y voit un jeune officier de réserve commander une patrouille au coeur d'Alger, à l'époque des premiers attentats. Que peut-il faire ? Que doit-il faire ? Ce livre sobre et courageux nous entraîne dans son mouvement comme un livre d'aventures. Mais c'est aussi un examen de conscience qui révèle un homme et un écrivain.

  • Françoise a un petit frère sourd-muet de naissance, aussi décide-t-elle de ne pas fonder de foyer. Elle ne veut pas risquer de mettre au monde un autre infirme. Elle se permet quelques aventures sentimentales sans importance, jusqu'au jour où elle rencontre Laurent. Elle l'aime très vite, et cette fois profondément ; lui, très épris également, l'emmène en vacances après avoir cambriolé sa tante pour obtenir l'argent nécessaire au voyage. Comme Françoise s'y attendait, Laurent lui demande de l'épouser. Va-t-elle se laisser fléchir malgré la tare familiale ? Peut-être, mais elle voudrait la cacher à Laurent. Elle espère alors, naïvement, une guérison de son petit frère. Malgré une visite inutile chez un guérisseur, un voyage infructueux à Lourdes, elle pousse le petit garçon au fond d'une tombe fraîchement creusée dans un cimetière de campagne, parce qu'elle croit, ou veut croire, qu'un choc peut le guérir. Il en meurt. Une série de malentendus, le remords aussi qui s'est emparé de Françoise après « l'accident », fait que Laurent et Françoise perdent contact. Leur amour s'effiloche. Ils se croiseront dans un bar, mais ne s'expliqueront rien.

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